Texte #55 : L'ultime vision

Une guerre fratricide des corps, arguant des textes sacrés (une boucherie) quand l’Esprit se fissure et se déchire (une dialectique). Dans les ténèbres, il y a bien des dédales, qu’Il contemple alors même qu’un doute le saisit. Serait-ce possible ? La mort de dieu fut annoncée mais invalidée. Plutôt un au-delà, un franchissement, un saut de l’Eternel par delà l’humain ; soit un Témoin. Détaché de la matière, celui-ci observera nos frayeurs avant de les arrimer sur une terre fertile et douce. Quelque part, cette métaphore s’impose : un pays de lumière où les conflits s’apaisent. Un pays éthéré, où la terre s’efface au profit d’une idée. L’idée d’une contemplation infinie qui nous met à l’abris. Car trop de sang a coulé et il fallait y palier. Un palier : un simulacre du témoin en l’homme. L’arrêt du jugement et des guerres. La douce mélodie d’un achèvement des vanités. La fin des folies. Un ciel sans nuage. A la croisée des chemins, le Témoin sera-t-il rassasié ? D’avoir sublimé la « boucherie » en une création renouvelée ? D’avoir mis nos démons sous le joug d’une nouvelle pensée ? D’avoir ajouté la paix à la paix ? Le croira-t-on ou pas ? L’Esprit ne devrait jamais culminer en un déchirement des corps. Pour y parvenir, un seul refuge : la patience, l’immobilité, la suspension de nos volontés. On dira : une méditation des confins, l’illumination intérieure projetée dans la matière. Le feu de la fin et la fin du feu. On ajoutera : la beauté, enfin ! 

Oui, mais à quel prix ?