Texte #54 : Mortels

Dès lors, notre vision frôlera le sublime : une hécatombe. Depuis l’émergence de l’homo sapiens, les générations se succèdent, emportant avec elles des millions de disparus (aujourd’hui des millards). Un formidable charnier, à l’image de nos destins. L’impression serait celle d’un achèvement radical et silencieux. Ce sera une part maudite, l’ultime entrechat, mais aussi une immensité surprenante de beauté. Car, là où la vie s’achève, surgit la fin des vanités et la paix. L’artiste, dépouillé de ses illusions vidé de ses espoirs, découvrira alors cette vérité : une « boucherie » transvaluée, sublimée, complémentaire des forces esthétiques qu’il contemple. Au bord du néant, l’esprit se délie et se libère pour atteindre de nouveaux sommets. Une intégration harmonieuse des contraires, un parachèvement du grand oeuvre, par-delà les contingences. Nous l’exprimerons en ces termes : un entredeux, proche du sublime. Car, en fin de parcours, la mort conjointe à l’horreur, commandera toujours une esthétique paradoxale (la fusion du beau et de la sauvagerie). Un regard surhumain qui osera l’impensable : l’apogée du Témoin, désormais délivré des ténèbres.