Texte #53 - Synthèse II (le Monde)

"COMMENT VOYEZ-VOUS L'AVENIR ?"


Le 2 décembre 2086


1) L'union Européenne s'est disloquée. Le rêve d'un empire européen (quasi napoléonien) a fait long feu. Désormais, chaque pays européen se bat pour son identité. Décadente, en mal de valeur et opulente, l'Europe a généré bien des convoitises. La renaissance des états nations est faible et soumise à des convulsions : crise économique chronique, un passé révolu (la grande culture comme idéal ; la famille comme base du tissu social ; les puissances nationales garantes de nos sécurités, etc., ont pris la tangente) montée de l'extrême droite face aux démocrates, avec en sus : une guerre larvée et globale avec le monde musulman (ses valeurs sont fortes : la foi et la charia) l'Europe est prise en étau entre le djihâd guerrier et un djihâd intérieur. Plusieurs vagues de migrants ont modifié les équilibres démographiques. La population a rajeuni non sans dégâts : une présence massive de l'islam reniant peu à peu nos institutions et nos acquis (libération de la femme, liberté d'expression, libération des mœurs, etc.) l'exode oriental s'est révélé être un cheval de Troie, moyennant des taux de fécondité inégaux. L'adage est connu : "on gagnera par le ventre de nos femmes". L'Europe a confirmé être "un ventre mou". Les vieux européens s'étiolent face aux musulmans. Parfois on sera au bord d'une guerre civile. Mais La plupart du temps, nos pays accepteront le fait accompli : une Europe affaiblie, trop laxiste, laminée par la barbarie.


2) Sur le plan géopolitique, l'axe fort est devenu l'alliance sino-sovietique. Matinées de démocratie, ces puissances gravitent autour d'un pouvoir central et dominant. La laïcité domine du fait de leur passé communiste. Confrontées à la mondialisation la Russie et la Chine ont su se prémunir contre les acculturations de tout poil. Confrontées au djihâd, elles ont su préserver leurs frontières et une démographie stable. Leur influence est grandissante et tributaire de leur passé non démocratique (les tsars, Mao et la révolution culturelle). Ces pays ont avancé leurs pions avec sagesse et savoir faire. Les musulmans ne les imprègnent pas de l'intérieur. Moins scrupuleux que nous, appelant un chat un chat, ces états ont le courage d'un impérialisme intelligent - quand les États-Unis, affaiblis par leurs alliés européens vivent la tentation d'un replis dur soi, d'un tassement égoïste aux élans protectionnistes. La super puissance américaine voit son influence diminuer même si elle garde à haute main sur les technologies de pointes. Alors, les regards se tourneront vers l'Afrique berceau de l'humain, celle-ci devient aux yeux de beaucoup une véritable terre promise, le continent où tout est encore possible (l'authenticité des origines, source de grandeur).


3) L'Art.

Il s'est mondialisé au détriment des marchés. L'heure n'est plus aux ventes à quatre ou cinq chiffres, mais au travail collectif (poète, plasticien, danseur, et j'en passe). Une coopérative mondiale des artistes a vu le jour avec pour visée : imaginer des alternatives, de nouveaux mythes ou utopies, à même d'humaniser et réenchanter nos désarrois. Un art social cherchant à combler la "boucherie". On songera à une spiritualité moderne et libre. Une spiritualité concrète et adaptée au futur. Car l'art a su garder intact un espace de création, au-delà des dogmes, un nouveau type d'œuvre prolifère : bâti sur le long terme, polyphonique et concernant des milliers d'individus. Car, l'art aussi fait partie de la géopolitique mais sur un mode singulier : des troupes armées de pinceaux, de stylos et de violons, chérissant la beauté. Leur vecteur ? Un Témoin passifié et passifiant. En 2086, l'art s'approchera en effet du Sublime.