Texte #47


Mais comment pallier à cette fuite en avant dont on a plus ou moins conscience ? On dira : par un apprentissage de la patience et une insertion lente de coupures dans les flux du quotidien.


a) la patience

Un art de vivre. La mise à l'écart du tumulte, tant extérieur qu'intérieur. Il s'agit de ralentir le pas pour promouvoir un "être au monde" détaché de l'ambition, prompte à nous imposer ses buts et ses travers. Combien de fois ne l'avons-nous pas répété : il n'y a pas de sagesse dans l'urgence. La patience est un pas à pas, une discipline du "ralenti",  une ascèse face au désir de faire carrière. Elle seule peut nous faire entendre la vanité de la plupart de nos actes ou paroles. Souvent, ceux-ci sont destinés à combler la vacuité qui nous accable. En réalité : une autre approche du temps le véritable maître de nos vies. 


b) la coupure

Depuis l'aube des temps, les sages ce sont évertués à trouver des antidotes à nos cercles vicieux existentiels. A cet effet, d'innombrables techniques ont été imaginées, puis mises en pratique. L'idée globale est d'introduire un hiatus dans la pseudo linéarité de nos quotidiens. Un hiatus, proche d'un arrêt et d'une suspension consciente de l'acte automatique, qui se répète et se reproduit à nos dépends. Pratique d'une respiration contrôlée, arrêt soudain d'un mouvement qui s’esquisse, intériorisation d'un frein dans nos pensées ou fantasmes, pleine conscience, apaisement des frénésies sexuelles pour accéder au désir profond du Sujet. 

Artiste, nous aurons souvent joué d'un exercice spécifique : la peinture du hasard. 


c) la peinture du hasard

Celle-ci a pour vocation d'introduire une brèche dans nos volontés. Loin d'être programmées, prévu ou organisée celle-ci tend à une création  en "attention flottante".  Les premiers gestes sont lents avant de s'accélérer en une gestuelle précise. On ne reproduit pas. On ne représente rien. On va de l'avant sans but avoué. Le mental s'imprègne de couleurs, de formes, de traits qu'il retrouve sur la toile. On entre peu à peu dans une dimension différente, sans équivalence. On pourrait presque parler d'une transe ou d'une drôle de danse. Soudain, le regard se fige. Il perçoit une configuration qui lui plait et qu'il aimerait sonder. Alors, le corps entier se remet en branle et tache de poursuivre cette première apparition. Se faisant, il organise le chaos primordial mais sans vouloir l'ordonner. Et, peu à peu, les images se relaient prennent vie en un véritable corps a corps. L'artiste se bat pour son art. Comme dans ses rêves il est à fleur d'inconscient. Une traversée  propre à l'émouvoir et le surprendre. Tableau après tableau se tisse une légende. Au même titre qu'une élaboration secondaire. Car, ces tableaux sont à ne pas s'y tromper des formations de l'inconscient. Tout un peuple d'ombres et de lumières qui irradie le fond de nos êtres. L'œuvre passe et nous traverse, avant d'incarner un mythe coloré. Le mythe de notre existence intime : un hasard maîtrisé à l'instar des oracles de l'antiquité. Une parole sibylline a peine compréhensible. Une invitation au voyage pour d'autres curieux. Une esthétique de l'errance propre à chacun. Car elle vogue la galère.