#Texte 46


Car, l’esprit vagabonde, s’emplit de « pensées » quand il n’est pas capté par un Acte (un dialogue, une tâche précise à accomplir, une activité physique particulière, etc.). Car l’Acte bloque nos esprits, les enserre, et les fixe par les préoccupations qu’il impose. D’où nos papillons : ces pensées surgissant dans les interstices d’une conscience affaiblie (au réveil, lors d’actions routinières, les instants précédents le sommeil). Alors des pensées surviennent et s’envolent à la queue-leu-leu en apparence insignifiantes. Les épingler exigera un « supplément de conscience »,  une façon de redoublement parfois un arrêt sur image et le retour immédiat sur le dernier papillon déjà prompt à s’effacer. Un arrêt qui permettra grâce à une vigilance accrue de voir cette pensée, d’en prendre véritablement conscience, de la saisir du bout des doigts, avec pour effet : de voir aussi la précédente, elle-même corrélée à une autre. Car, en vérité ces papillons forment une chaîne d’associations plus ou moins alambiquée, que seule une attention spécifique permettra de percevoir. L’exercice peut ne durer qu’une ou deux minutes et est moins simple qu’il n’y paraît. Il vise à garder en mémoire les contenus normalement voués à l’oubli. Son but est de cerner une identité : un papillon qui file et une conscience aux aguets, rapide comme le vent. 

C’est un premier pas. 

Un clair obscur destiné à s’éclairer pour peu que notre vigilance soit au rendez-vous (vérifiez dans le cours de la journée, si notre papillon est toujours là où nous l’avions laissé). 

Voir nos pensées, sera donc le premier acte du Témoin (ici incarné dans nos égos).