Texte#2


On songera ensuite à cette question : se pourrait-il que l’art devienne un jour un refuge contre le bruit et la fureur qui nous habite ?

On connaît notre réponse : un « mythe » fondateur, assorti d’une pratique assidue de l’humain. Une esthétique minimale et sans préjugé. Un point de vue contemplatif, à rebours de tout militantisme.

Car, finalement, qu’est-ce qui nous fonde comme sujet ? Qui suis-je ? S’inquiétera-t-on.

Une interrogation lancinante.

Elle s’entend au cœur de Spirit of Boz et rayonne dans toutes ses occurrences (tableaux, performances, écrits, etc.).

En bout de course, elle en impliquera une autre, de loin plus étrange. Cette question, il faudra s’y arrêter. Nous l’aurons placée à l’entrée de la Forêt des âmes. Cette question la voici dans toute sa crudité : car, finalement, que sait-on de l’existence (ou non existence) de dieu ?

Dieu : mystère des mystères, un scandale pour la raison, une pure folie, sinon le nerf de la guerre : une force insondable, chevillée à l’artiste depuis l’orée.


Texto#2


A continuación nos haremos esta pregunta: ¿podría el arte convertirse algún día en un refugio contra el ruido y el furor interno?

La respuesta ya la sabemos: un «mito» fundador, combinado con una práctica asidua de lo humano. Una estética mínima y sin prejuicio. Un punto de vista contemplativo, al revés de toda militancia.

Ya que, al fin y al cabo, ¿qué nos funda como sujetos? ¿Quién soy? Nos inquietaremos.

Una pregunta punzante.

Se entiende en pleno Espíritu de Boz y resplandece en todos sus casos (cuadros, performances, escritos, etc.).

Al final, implicará otra, muchísimo más extraña. En esta pregunta habrá que detenerse. La habremos planteado a la entrada del Bosque de Almas. Aquí está la pregunta en toda su crudeza: ya que, al fin y al cabo, ¿qué sabemos de la existencia (o no existencia) de Dios?

 

Dios: misterio de los misterios, un escándalo para la razón, una verdadera locura, quizás el nervio de la guerra: una fuerza insondable, pegada al artista desde la linde.


Text#2


Let us then reflect on the following question : could art one day serve as a refuge from the noise and the rage within ?

We already know the answer : a founding “myth” along with a sustained practice of humanity. A minimal aesthetic, without prejudice. A contemplative perspective, that is devoid of all militancy.

Because, ultimately, what is the stuff that we are made of? Who am I? These are the questions we ask ourselves.

Nagging questions.

They can be heard at the heart of the Spirit of Boz and radiate from all its expressions (paintings, performances, writings, and so on).

And at the end of all this, they will imply another question, an infinitely stranger one. We will have to stop and think about this question. We will have placed it at the entrance of the Forest of Souls. Here is the question in all its crudeness : because, ultimately, what do we know about the existence (or non-existence) of God ?

God : the mystery of mysteries, a scandal for reason, pure madness, absolutely fundamental: an unfathomable force, which has exercised a tremendous hold on the artist since the dawn of time.  



Write a comment

Comments: 1
  • #1

    Salim Kaiss (Thursday, 21 November 2013 12:04)

    L'Art, refuge contre le bruit et la fureur. Mythe fondateur. Esthétique minimale. Contemplatif

    Critique de sa propre identité contingente. S'alléger de soi pour aller à ce que les autres suscitent en nous. Produire la somme des influences. Relier l'action que chacun produit en un tout. Manifester ce tout comme UN. Comme une Vision?

    Je produis en moi le bruit et la fureur de mon opposition, de ma naissance, de ma volonté propre qui se cogne à celle des autres. L'angoisse du néant, ou l'ennui du mimétisme et de la conformité nous font tous désirer la même chose: être différent! D'où ces entrechocs, ces possessions, ce bûcher des vanités.

    Puis vient la fatigue, l'énergie gaspillée qui n'a servi à rien qu'à détruire, à se leurrer ou à tromper les autres sans plus y croire soi-même. Le temps du scepticisme, suivi par celui du cynisme, et de l'ennui d'être soi.

    Alors je me tente de rechercher un feu sous toute cette cendre. Des flammèches sont encore là, celles de l'enfance, des enthousiasmes. Alors, abandonnant toute volonté, je retrouve le narcissisme de n'avoir plus qu'à me faire plaisir.

    Je me distrais en m'amusant, en peignant des tableaux, en vidant ma tête, en jouant avec les couleurs, les volumes. Mais je joue seul. Les sirènes me chantent: que c'est original, que c'est bien ce que tu fais, tu devrais exposer...
    Alors je me perds sous les fatras, sous les kilos produits, sous la fatigue des représentations et leur vacuité.

    D'enfant insouciant, je redeviens adulte, alourdi, calculateur...

    Je me retourne sur mes oeuvres et, comme la femme de Loth, je me transforme en statue de sel, car j'ai reproduit mes erreurs passées.

    Je m'abstrais alors de tout ce monde factice, décide de travailler pour moi-même, pour la recherche au fond de moi de mes propres limites.

    Je reste parfois des heures devant la toile blanche, ou le morceau de terre. Je sais qu'une forme en surgira, qu'elle sera de moi, du fond de mes tripes, mais il faut souffrir et longtemps méditer sur mon incapacité à la produire.

    Je dois rester simple, surtout ne pas intellectualiser mon geste, le faire venir par l'acceptation de ce qu'il exprimera au-delà de moi. Je me mets en état de réceptivité pour devenir le pinceau ou le ciseau qui sera mû par plus fort que moi.

    Un trait jaillit, un volume naît, les autres suivent, inattendus, simples, parfois étranges. L'âme est alors drainée dans l'oeuvre, elle s'incarne sous une nouvelle forme. L'oeuvre fait naître son créateur.

    L'abandon de soi fabrique un soi étranger avec lequel l'artiste fait connaissance. Il n'est provisoirement plus seul. Il se dédouble et se multiplie en autant d'oeuvres qu'il produit. Bientôt il est famille nombreuse! Mais très vite, encombré de ses duplications, il se retrouve encore plus seul dans son atelier.

    Tout ça pour ça? Il ne reconnaît plus à présent ses premiers enfants. Ca a dû être lui, à un moment, et il les garde quand même. Parfois il les détruit aussi. Il évolue et crée d'autres chimères, à leur tour insignifiantes ou rapidement dépassées. Il se cherche encore.
    Pourtant, tout ce qui lui vient lui vient de ce qu'il a subi, vécu, intériorisé, puis exprimé. D'où lui provient sa liberté si ce n'est parce qu'elle lui a été donnée?

    Tout ce que je pourrai jamais créer n'est jamais qu'une infime partie de ce que j'ai reçu. Tout ce que je produis, je le rends.
    Offrir le produit de son travail et recevoir celui d'autrui est la façon la plus vivifiante de nous faire nous rejoindre et progresser.

    Echapper au bruit et à la fureur, c'est mettre en commun ce qui nous est vital: notre besoin de devenir créateurs de notre destin au-delà d'un abandon à une volonté supérieure qui déciderait à notre place. C'est s'emparer de tout ce qui advient pour lui donner, ensemble, sens.

    Car Tout sert. Mais il faut le faire servir à un mieux, avec l'enthousiasme du découvreur d'un nouveau monde où chaque créateur solitaire se sait soutenu dans sa quête par tous ceux qui, comme elle ou lui, partagent son chemin.

    Une Vision?: Créer une Internationale de l'Art où tous pourraient exposer, créer et rencontrer d'autres artistes. Lieu ouvert aux badauds qui pourraient en être inspirés. Un lieu d'échanges sans compétition, ni commerce. Un local où toutes les oeuvres seraient exposées sans prix. Chacun apporterait une oeuvre en échange d'une autre, avec l'accord de son auteur, ou en ferait don à la communauté.

    Projeter l'Art dans le domaine social...